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DISCOURS ET INTERVENTIONS DU MINISTRE

08-12-2009
Libre Circulation: Amadou KONE fait le point avec la presse nationale
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Thème de la rencontre : libre circulation des hommes, des biens et des services dans la sous-région ouest-africaine, quelle politique pour un développement socio-économique harmonieux et prospère ?

Benjamin Oulaï : Mesdames et Messieurs bonjour et bienvenus sur les antennes de la Radiodiffusion ivoirienne.
Benjamin Oulaï pour vous présenter votre émission préférée, Questions des temps nouveaux.
L’on sait aujourd’hui que l’une des préoccupations de nos dirigeants africains, c’est bien la politique de l’intégration africaine, une intégration harmonieuse et contrôlée. Pour ce faire, des textes ont été élaborés, des textes la régissant pour justement mieux la gérer. Aujourd’hui qu’en-est-il de ces textes concernant bien entendu la libre circulation des hommes, des biens et services ? Sont-ils aujourd’hui adaptés pour renforcer l’intégration africaine et la réglementer de façon sûre et maîtrisée. D’ailleurs, les Ministres de l’Intégration africaine se réunissent ce lundi 28 sept 2009 à Abidjan pour y réfléchir. En attendant et pour en savoir davantage, la Radiodiffusion ivoirienne organise un débat dans le cadre de son émission Questions des temps nouveaux, dont le thème est : libre circulation des hommes, des biens et des services dans la sous-région ouest africaine, quelle politique pour un développement socio-économique harmonieux et prospère ? Pour en parler, nous recevons donc Monsieur le Ministre de l’Intégration Africaine, M. Amadou KONE.
B.O : Monsieur Amadou KONE bonjour.
Amadou KONE : bonjour.
B.O : Monsieur le Ministre, bienvenu sur les antennes de la Radiodiffusion ivoirienne pour justement répondre tout à l’heure aux préoccupations des Ivoiriens à travers des journalistes interposés.
A.K : Merci de me recevoir dans le cadre de vos différentes émissions. En tout cas je me ferai le plaisir et sans détour de répondre à toutes les questions qui vont m’être soumises.
B .O : Monsieur le Ministre, vous serez donc interrogé par les confrères, Ernest Aka Simon qui est de Fraternité Matin, Toussaint Koffi N’Guessan de TV2 et Aristide Kouassi, président du Réseau d’appui des journalistes à l’intégration africaine (RAJIA).
Chers confrères bonjour.
B.O : Monsieur le Ministre, avant d’entrer dans le vif du sujet, il serait intéressant que vous jetiez un regard sur l’actualité telle qu’elle va en Côte d’Ivoire, en Afrique et dans le monde. L’espoir est permis selon votre analyse ?
A.K : L’espoir est permis. Il ya beaucoup de sujets, il y a que l’actualité est riche. Je voudrais tout simplement constater que c’est une actualité riche sur les questions de développement. Je dirais même que l’actualité nationale et l’actualité internationale se croisent, notamment à l’occasion de l’Assemblée générale des Nations unies, où il a été longuement question des affaires climatiques. Mais aussi sur l’alimentation, dans quelques semaines à Rome,où l’Afrique se prononcera à nouveau en ce qui concerne la crise alimentaire ou la sécurité alimentaire. Il sera également question à Copenhague des changements climatiques. Vous savez que nous sommes en plein dans l’actualité ; vous savez qu’il y a eu des inondations ou beaucoup de ressortissants ou citoyens communautaires ont perdu la vie. Je voudrais donc m’incliner devant la dépouille de ces victimes et dire qu’il faut que nous apportions une réponse régionale à l’ensemble de ces questions. Nous sommes fortement interpellés par cette actualité nationale marquée par ces tristes évènements, notamment en ce qui concerne notre réaction au niveau régional. Notre réaction également sur la question du développement tel qu’attendu par nos populations. Voila mes observations en ce qui concerne l’actualité.
B.O : Est-ce que l’Intégration se porte aujourd’hui bien dans son ensemble ?
A.K : l’Intégration poursuit son petit bout de chemin. Je voudrais dire qu’à ce jour il n’ya pas de modèle achevé de l’intégration régionale, quoiqu’il y ait plusieurs expériences à travers le monde. Il y a l’Union européenne dont on parle beaucoup ; parce que nous avons des relations fortes et étroites. L’UE est le premier partenaire au développement de l’Afrique de l’ouest. Mais il y en a d’autres sur le continent américain. Sur notre continent, au niveau africain, vous avez plusieurs communautés économiques régionales qui se construisent. Je peux vous dire qu’aucune de ces organisations ne peut revendiquer d’avoir achevé son processus d’intégration. Donc le processus d’intégration en Afrique tout particulièrement dans l’espace CEDEAO poursuit son petit bout de chemin et je suis satisfait à titre personnel de ce qui se fait. On peut juger assez lente la mise en œuvre d’un certain nombre de mesures, mais je vous assure que les choses se passent bien et le plus important c’est la prise de conscience de plus en plus des citoyens de nos Etats, de l’importance de cette solidarité africaine, de cette unité africaine.
BO : Au niveau politique, Monsieur le Ministre, pour l’homme de la rue qui nous écoute, l’intégration africaine en tant que tel ; c’est quoi pour l’Ivoirien ?
AK : L’intégration africaine, c’est la construction d’un espace communautaire qui n’est pas qu’économique, contrairement à ce que les uns et les autres peuvent croire. Ceci est dû aussi à l’appellation des espaces communautaires les plus connus. Nous avons la CEDEAO (communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest). Elle est plus qu’une communauté économique, elle va beaucoup plus loin. Vous avez vu la CEDEAO dans ses positions en ce qui concerne les questions de paix et de sécurité. C’est vrai que c’est lié à l’économie , mais c’est une question de démocratie, de gouvernance ; c’est aussi l’éducation, la santé, c’est le social, la solidarité… La CEDEAO est intervenue dans la plupart des Etats qui ont connu des inondations, pour les appuyer. C’est vrai que c’est la communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest d’une part, mais c’est aussi l’union économique et monétaire de l’Afrique de l’ouest (UEMOA) d’autre part. Elles vont au-delà des questions économiques. L’intégration est la mise en commun de nos efforts, de nos potentialités, c’est également la gestion concertée des difficultés de tous genres auxquelles nous sommes confrontés ; pour que nous puissions impulser un développement harmonieux dans l’ensemble des pays qui appartiennent à la même communauté.
Ernest Aka Simon : Atelier de formation par-ci, journée de sensibilisation sur la libre circulation des personnes et des biens par là. Quand on fait l’état des lieux, Monsieur le Ministre, pourquoi avoir fait de ce volet de l’intégration votre préoccupation majeure, est-ce parce que fondamentale ?
AK : C’est parce que c’est fondamental. La libre circulation est au fondement de la création de la CEDEAO et de l’UEMOA. Il s’agissait de faire en sorte que nous ayons des citoyens communautaires ; qu’il n’y ait pas de frontière entre les Etats. La libre circulation des personnes et des biens est au cœur de la problématique de l’Intégration régionale. Et nous pensons que si la question de la libre circulation des personnes et des biens et du libre établissement des personnes n’est pas traitée, il n’ya pas d’avancées significatives, nous n’aurons pas cette intégration telle que nous la souhaitions. C’est pour cela que la Côte d’Ivoire essaie d’avoir un leadership sur cette question. C’est extrêmement important pour un pays comme la nôtre de faire en sorte que nous ayons cet espace ouvert aux autres Etats ; mais qu’il soit aussi ouvert aux Ivoiriens.
EAS: Certes, on parle de libre circulation des personnes et des biens, cela implique aussi votre vœu tant annoncé qui est de passer de l’intégration des Etats à l’intégration des peuples. Pour réussir cette Intégration, à vous entendre il faut passer par la libre circulation des biens. Mais est-ce qu’aujourd’hui les protocoles d’accord existants qui balisent un tant soit peu la libre circulation des personnes et des biens sont encore d’actualité ?
AK : Ces protocoles sont d’actualité. Mais ils paraissent insuffisants, notamment le protocole de 1979. Il a été ratifié et signé à l’issue de la réunion des Chefs d’Etat de mars 1979, à Dakar. Ce protocole est aujourd’hui insuffisant dans la mesure où en mon sens, il s’appesantit sur des questions liées aux documents que devraient notamment avoir les véhicules pour circuler. Il y a deux grandes dispositions dans ce protocole : la 1ère disposition énumère en principe les avantages de la libre circulation pour tous les pays membres de la CEDEAO. Et dans la 2ème grande disposition, tantôt c’est une disposition qui fait référence aux documents que les véhicules devraient avoir pour circuler dans la région_ de mon point de vue il faut aller aujourd’hui beaucoup plus loin même si il est vrai que les Etats ont des efforts. Plus de la moitié des Etats de la CEDEAO ont mis en circulation les passeports CEDEAO. Je pense qu’il faut prendre en compte d’autres dimensions. Il faut donc que ce soit l’occasion d’approfondir un certain nombre de questions ; relativement à l’identité des citoyens communautaires dans leurs Etats. Là où il n’y a pas de carte d’identité il faut pouvoir régler ces questions. Il y a aussi qu’il faut prendre en compte les questions de sécurité. Ce sont des choses qu’on ne peut pas ignorer. Il faut aussi compléter ce protocole par un certain nombre de mesures ou de directives à énoncer, à l’endroit des Etats, sur les questions d’urbanisation et d’adressage. Il faut que les citoyens de nos Etats ne soient pas des citoyens sans domiciles connus. Tout cela participe de la sécurité. Il y a donc une grande réflexion à mener sur la sécurité communautaire qui permettra à chaque Etat de mettre en place une politique qui soit en harmonie avec ce qui se fait dans la région. Je pense que cela pourrait compléter le dispositif existant en matière de libre circulation des personnes et des biens. Ceci étant, il faut reconnaitre qu’il a eu d’importants efforts consentis par les dirigeants. Il y a eu des décisions politiques importantes du fait que de la prise en considération de l’importance de l’intégration par nos dirigeants qui ont pris sur eux un certain nombre de décisions pour accélérer_ en dehors du protocole de la libre circulation des biens et des personnes_ le processus d’intégration régionale. Je suis heureux de constater que malgré la persistance de quelques difficultés, notamment les tracasseries, qu’il n’est pas d’obstacles à la libre circulation des personnes et des biens édictés par des autorités dans différents Etats. Il va falloir se concerter et se donner les moyens pour faire en sorte que ces tracasseries cessent. Toute la réflexion est là. Pourquoi il y a des tracasseries, quelles sont les explications ? A partir du moment où on aura des explications, on pourra ensemble au niveau régional faire des efforts. Cependant il y a un certain nombre d’Etats qui réussissent à faire en sorte qu’il y ait le moins de tracasseries sur leur territoire.
Kouassi Aristide : Monsieur le Ministre, à vous entendre, il se pose aussi une question d’éducation, de sensibilisation et surtout de communication. Est-ce qu’il y a déjà une stratégie au niveau de votre Ministère pour aider à mieux communiquer, sensibiliser les populations?
AK : la communication est importante, mais quelle communication ? Avec qui la faire ? En direction de qui ? Elle est complexe la communication. Je milite et je travaille pour que cela soit fait. La communication n’appartient pas qu’à nous. La société civile doit pouvoir se prononcer sur cette question, parce que nous sommes tous victimes des tracasseries. En ce qui concerne la sensibilisation et la promotion de la libre circulation des personnes et des biens, le bâton seul ne suffit pas. C’est vrai que cela à marché et marche bien dans certains pays, mais je suis pour que nous ayons une sensibilisation à l’échelle régionale. Parce que j’entends beaucoup de choses. Certains Etats estiment qu’ils en font plus que d’autres ; d’autres estiment qu’ils reçoivent plus de ressortissants CEDEAO que les autres. Certains citoyens d’un certain nombre d’Etats estiment qu’ils ne sont pas bien reçus dans des pays comme les ressortissants de ce pays sont reçus chez eux. Il ne faut pas non plus donner le sentiment que vous vous battez et que vos concitoyens estiment que vous vous battez plus qu’il en faut. Je suis d’accord premièrement qu’il est une stratégie de sensibilisation régionale en termes d’appropriation et de promotion de la libre circulation des personnes et des biens, ensuite de cette stratégie va découler la stratégie au niveau des Etats pour accompagner la stratégie régionale. C’est aussi pour une de ces raisons que nous militons fortement pour qu’il y ait des médias régionaux ; c’est extrêmement important, c’est peut-être moins coûteux d’avoir des médias régionaux, qui appartiennent à la région que de faire des campagnes de sensibilisation… C’est une bonne chose, pour la presse privée et pour la presse dans les Etats, mais ça pourrait être moins coûteux d’avoir des médias et travailler quotidiennement sur la sensibilisation et la promotion. D’ailleurs le Chef de l’Etat a même proposé que le siège régional de la télévision soit à Abidjan. La Côte d’Ivoire a donné beaucoup pour ce projet. Nous avons travaillé sur un cahier des charges pour que cette télévision soit créée. Le gouvernement ivoirien a organisé ici la 1ère conférence des ministres de la culture en ce qui concerne la construction du marché commun des arts et de la culture d’où est venue l’idée de création de la télévision régionale. Nous continuons de travailler pour que ce projet devienne la réalité. En résumé, il faut qu’il y ait une stratégie régionale de sensibilisation et de promotion de la libre circulation des biens et des personnes. Nous accompagnerons beaucoup plus aisément la stratégie régionale par des campagnes de sensibilisation à l’échelle nationale.
Deuxièmement, pour terminer et en ce qui nous concerne, il faut bien que ce soit bien structuré, qu’on sache qui fait quoi en matière de la libre circulation des biens et des personnes. Quand les transporteurs inter-états bloquent les routes et que je monte au créneau pour régler ce problème, que faisons nous après pour que les problèmes soient résolus effectivement. J’insiste pour qu’il y ait une stratégie régionale. Nous travaillons notamment avec la CEDEAO pour qu’il y ait cette stratégie régionale.
Toussaint Koffi N’Guessan : Dans l’esprit des pères fondateurs, quel était leur entendement de la libre circulation des personnes, des biens et des services dans la sous région?
AK : C’est un protocole de la CEDEAO qui date de 30 ans. On a même été en avance sur la Communauté économique européenne sur un certain nombre de questions à un moment donné. Ils ont eu une très bonne vision, ils ont même été copiés par les autres. Mais il faut savoir qu’à ce moment, en 1979, moins de 20 ans après l’accession à la souveraineté internationale de la plus part des Etats, ils étaient conscients du fait que nous sommes les mêmes, que nous sommes un, que ce soit au niveau culturel, au niveau sociologique. Il faut aussi savoir qu’il y avait un fort déplacement de la main d’œuvre dans la région, la main d’œuvre non spécialisée, et on ne pouvait pas à ce moment-là se permettre d’avoir des visas dans les Etats. Un certain nombre d’Etats faisaient eux mêmes des demandes en main d’œuvre. Le constat est qu’on devait pouvoir se passer de visa et c’est certainement ce qui a motivé la décision des Chefs d’Etat, quand nous étions dans le cadre du Secrétariat exécutif de la CEDEAO, organe beaucoup plus politique qu’un organe technique de développement. Il y a seulement deux ans, précisément janvier 2007, que nous sommes passés du secrétariat exécutif à la Commission de la CEDEAO, un organe technique de développement, animé par un président, un vice- président et neuf commissaires qui ont en charge des départements sectoriels précis, de sorte que nous avons des politiques sectorielles harmonisées dans la région, pour notre développement commun. Si je me situe dans le contexte de 1979, nous avions le secrétariat exécutif, nous avions des pays qui avaient entre 15 ans et 20 ans d’indépendance, il y avait un fort déplacement de main d’œuvre ; on devait à ce moment, c’était une nécessité, se passer de formalités administratives complexes, surtout que les passeports et les cartes d’identité n’étaient pas aussi faciles à établir comme maintenant. Tout cela mis ensemble, les Chefs d’Etat ont tout fait pour qu’en plus de notre histoire et géographie communes, la libre circulation des personnes et des biens soit une réalité.
EAS : A propos de la relecture du protocole sur la libre circulation des personnes, des pays comme le Sénégal, le Mali, le Burkina Faso et le Bénin ont mené la réflexion. Pourquoi c’est maintenant que la Côte d’Ivoire s’y met alors que l’on sait que c’est le pays qui accueille le plus de population de la CEDEAO ?
AK : Il n’est pas tard. La relecture du protocole se fera au niveau ministériel ici à Abidjan dans quelques jours. C’est le délai qui a été fixé par la CDEAO. C’est peut être une bonne chose qu’on le fasse après les autres. Vous dites que c’est nous qui recevons le plus d’étrangers, on sait à peu près ce que les autres pensent de ce protocole. Je vous rassure que ce n’est pas tard. Je me réjouis de ce qu’en prélude de cette réunion nous nous soyons retrouvés, ministères techniques concernés, société civile, syndicats et diverses corporations. Que nous nous soyons retrouvés pour en débattre. D’ailleurs les débats continuent au niveau des experts nationaux et je parie que ces réflexions qui sont en cours contribueront à faire en sorte que nous ayons un protocole plus élaboré que celui de 1979.
BO : Les ministres de l’Intégration Africaine vont se réunir à Abidjan probablement ce lundi 28 septembre, Monsieur le Ministre, quels sont les points prioritaires qui feront l’objet de débats en dehors de ce que vous venez de dire ?
AK: Sans trahir l’esprit de la rencontre, je voudrais préciser que ce ne sont pas les ministres de l’Intégration Africaine qui se réunissent mais ce sont les ministres qui sont en charge de la libre circulation des personnes et des biens ; principalement pour les autres pays de la CEDEAO, en dehors de deux ou trois Etats, ce sera les ministres de l’Intérieur ou les ministres de la sécurité qui ont en charge l’immigration et l’émigration dans les différents Etats. C’est vrai que c’est nous au niveau du Conseil des ministres de la CEDEAO qui porterons et qui ferons le débat à ce niveau. C’est un peu le travail du ministre de l’Intégration ; nous stimulons, nous essayons dans le processus d’intégration régionale de voir quelles sont les priorités sur lesquelles on devra travailler au niveau régional et nous faisons en sorte en accord avec la Commission de la CEDEAO d’organiser les réunions, de prioriser les choses et ensuite de faire des débats avant les sommets des Chefs d’Etat, pour leur demander de prendre des décisions sur telle ou telle chose.
BO : L’on parle de la relecture des textes de l’intégration, qu’est-ce que cela veut dire ?
AK : La relecture c’est simple. Nous allons voir si les dispositions du protocole sont toujours pertinentes. C’est la première chose. Deuxièmement, si elles sont pertinentes, pourquoi certaines dispositions ont connu des difficultés dans leur mise en œuvre. La troisième chose, c’est qu’est-ce qu’il faut faire pour que les dispositions du protocole révisé ne connaissent pas les mêmes difficultés de mise en œuvre du protocole en vigueur. Voila les trois axes sur lesquels la conférence des ministres va travailler.
TKN : Quel est l’état des lieux de l’Intégration dans les autres pays africains que vous avez eu l’occasion de visiter?
Bo : Est-ce que les règles d’application sont aujourd’hui réciproques dans les Etats, puisque la Côte d’Ivoire regorge un grand nombre de ressortissants des pays de la cédeao. Est-ce que le droit d’établissement est effectif partout?
AK: Je pense que cela fait deux choses différentes. S’agissant de l’état des lieux de l’Intégration dans les autres pays, je pense qu’il faut poser le problème en termes d’état des lieux de l’intégration dans les autres communautés économiques régionales, parce que ça être deux Etats, ce n’est plus des rapports de type bilatérale c’est au delà. Ce n’est plus de la coopération, c’est au-delà de la coopération. D’une part, l’état des lieux dans d’autres communautés économiques régionales et d’autre part les efforts ne sont-ils pas inversement disproportionnés… Je pense que c’est une bonne chose que la Côte d’Ivoire soit un pays hospitalier. C’est une bonne chose pour un pays comme le nôtre. J’exhorte mes concitoyens à demeurer hospitaliers, parce que de toute façon, cette intégration régionale se fera. Dans le cadre de notre mission nous nous déplaçons beaucoup, partout où je vais je rencontre des communautés fortes ou peu importantes d’Ivoiriens. Je puis vous dire que c’est une fierté, les Ivoiriens sont aujourd’hui pratiquement responsables dans la plupart des entreprises de téléphonie en Afrique. Vous allez en Afrique centrale, les premiers responsables sont des Ivoiriens. En Afrique de l’Ouest c’est pareil. Je suis donc heureux. Ce que je fais, c’est que j’exhorte mes citoyens à postuler les postes de responsabilité dans les organisations africaines. Il faut continuer parce que c’est comme ça que les choses vont s’ouvrir, sont en train de s’ouvrir. Ce n’est pas le moment de se renfermer. En ce qui concerne l’état des lieux dans les communautés régionales, je m’efforce de faire en sorte que le programme minimum d’intégration tel qu’élaboré par l’Union africaine soit appliqué au niveau des communautés économiques régionales dans les- quelles la Côte d’Ivoire a un rôle ou au sein desquelles notre pays siège. Nous sommes dans plusieurs communautés économiques régionales. On parle beaucoup de la CEDEAO et de l’UEMOA, mais nous sommes à la CEN SAD et à L’Union du fleuve Mano qui ne sont pas reconnues par l’Union africaine ; mais ce sont des communautés économiques régionales. Nous nous efforçons à avancer. Pour apprécier l’état de mise en œuvre du programme d’intégration minimum de l’Union africaine dans ces communautés économiques, il faut prendre en considération la stabilité des Etats car sans stabilité, sans paix, il ne peut pas avoir de libre circulation des biens. Parce que s’il y a un Etat qui est déstabilisé durablement, les autres Etats sont obligés de prendre des mesures de restriction pour éviter la circulation des armes légères et des armes lourdes, la contamination de pays de la même région par des pays en conflit. La question de la paix, de la stabilité et de la sécurité est une question essentielle dans le processus d’intégration régionale, de sorte que s’il y a des progrès par endroit dans d’autres régions, ce n’est pas le cas par exemple en Afrique de l’Est. Nous savons que la situation n’est pas non plus très facile en Afrique centrale ; nous savons toutes les difficultés que le RDC connait ; la situation est d’autant plus difficile dans l’UMA (Union du Maghreb Arabe) pour le fait simplement que c’est une région qui est fortement concernée par la crise israélo-palestinienne. La région de l’Afrique de l’Ouest est donc une de nos satisfactions, malgré quelques soubresauts, notamment les difficultés que nous avons connues du temps du secrétariat général de la CEDEAO ; la situation au Libéria, en Guinée Bissau, en Sierra-Leone et chez nous. Ce fut une situation d’instabilité grave et longue d’une dizaine d’années pour certains de ces pays. C’est d’ailleurs pour cette raison que très souvent la CEDEAO prend des positions énergiques quand Il ya des conflits ou que des crises menacent d’éclater dans les pays de la CEDEAO, parce que cela remet en cause le processus d’intégration. C’est pour cela que la CEDEAO est fortement impliquée dans la crise survenue en Guinée Bissau après l’assassinat du Chef d’Etat Viera et du chef d’état-major.
Je voudrais remercier la CEDEAO et surtout le Nigeria qui ont donné tous les moyens logistiques nécessaires pour la sécurisation des élections et la tenue effective de celles-ci. La CEDEAO, le Nigeria et certains pays ont dû payer des arriérés de salaire aux soldats pour créer un climat propice à l’organisation d’élections apaisées. Ce sont des efforts de la région, et il faut tenir compte de tout cela pour faire une évaluation ...De sorte qu’aujourd’hui l’intégration régionale qui apparait clairement comme une nécessité pour chacun des Etats_ tout le monde le dit_ ne va pas au même rythme et je suis heureux de savoir que la CEDEAO est citée en exemple.
BO : Monsieur le Ministre, pourquoi vous dites la CEDEAO et le Nigeria, alors que le Nigeria est membre à part entière de la CEDEAO.
AK : Le Nigeria a fait des efforts en tant qu’Etat et la CEDEAO en tant que Commission ; entendons pas CEDEAO, Commission de la CEDEAO. Mais le Nigeria en tant qu’Etat, pays qui abrite le siège de la CEDEAO et qui assure donc la présidence en exercice de la CEDEAO avec les moyens que nous connaissons. Le Nigeria a donc pris sur lui de payer trois mois de salaire aux soldats et a donné des véhicules pour organiser les élections. C’est de cette solidarité que nous avons besoin et c’est tout cela qui fait avancer le processus d’intégration régionale. Ici, vous avez le Président Compaoré qui facilite la crise ivoirienne. Le Président Compaoré qui à joué aussi un rôle remarquable dans les soubresauts qu’a connus le Togo, au nom aussi de l’intégration régionale et de la nécessité de la stabilité dans la région pou que nous puisons travailler pour le développement de nos Etats et de nos populations
E.A.S : Monsieur le Ministre, au nom du droit de résidence, souvent certaines populations démunies s’installent de manière anarchique et sont victimes de glissements de terrains, d’inondations. Vous avez parlé de ce que la sous région a connu comme calamité, qu’est-ce que l’intégration doit faire pour éviter ce genre de situation ?
AK : L’intégration, ce n’est pas d’abord la perte totale de la souveraineté d’un Etat. Un Etat à la responsabilité de faire en sorte que ceux qu’ils acceptent ou qui vivent sur son territoire soient protégés, qu’ils soient dans des conditions de vie décente. L’Etat devrait faire en sorte que les textes dont il s’est doté soient en harmonie avec les dispositions communautaires et que ceux-ci soient respectés. Les installations anarchiques dans nos Etats évidemment ne sont pas autorisées ; nous avons des responsabilités à prendre, que ce qui n’est pas autorisé ne se fasse pas. Cela étant, je ne pointe pas non plus du doigt les communautés étrangères qui vivent dans ces endroits et qui sont victimes de ces éboulements, c’est tout le monde.
AK K: Quand le gouvernement a essayé de leur dire de ne pas s’installer et a essayé de les déguerpir, cela a été un tollé, on a crié à la xénophobie. En tant Ministre de l’intégration, vous avez quand même un mot à dire, un rôle à jouer dans ce domaine.
AK : Ce que je voudrais dire par rapport à cette préoccupation que je ne partage telle que vous la présenter. En tout cas la CEDEAO édicte des textes, des comportements que nous devons avoir pour vivre ensemble, développer nos Etats. Je voudrais dire quelque chose qui est essentiel, la CEDAO n’est pas étrangère aux Etats. La CEDEAO ce n’est pas Chambas assis à ABUJA, le grand patron de la région, qui édicte des règles aux Etats. La CEDEAO, c’est l’ensemble de nos Etats qui se concertent. Je voudrais pour la compréhension des uns et des autres indiquer brièvement notre démarche, notre méthode. Avant les décisions au niveau des Chefs d’Etat sur un sujet amené soit par un Etat soit par la commission de la CEDEAO, se réunissent les experts de tous les Etats membres de la CEDEAO sur ce sujet. Des débats ont lieu et peuvent durer souvent des mois, des années. Les experts travaillent, approfondissent les questions et s’ils estiment que c’est une question qui est importante elle envoyée à la réunion des ministres. Les ministres se réunissent sur les questions sectorielles ; par exemple sur l’urbanisme, la sécurité …Les ministres des quinze Etats de la région se réunissent et proposent aux Chefs d’Etat la prise d’un certain nombre de mesures. Ce n’est donc pas la Commission qui décide des mesures. La Commission n’a pas le pouvoir tout seul d’élaborer des textes et de les soumettre aux Chefs d’Etat. La Commission travaille au sein des conférences des ministres avec les ministres et je voudrais préciser que les membres statutaires du Conseil des ministres par Etat ce sont les trois ministres en charge de l’intégration, qui a en charge les affaires de la CEDEAO,accessoirement le ministre des affaires étrangères pour les questions de paix et de sécurité et le ministre des finances et de l’économie. Vous avez donc au moins quarante cinq ministres de la région qui sont censés siéger avant toute décision des Chefs d’Etat. Voilà un peu la démarche. Il ne faut pas considérer qu’un pays en fait trop ou subit le dictat des autres. C’est pour cela qu’Il y a beaucoup de réunions à Abidjan. Je suis heureux que nous faisons des réunions à Abidjan, non pas parce que nous sommes content d’accueillir des réunions dans le conteste actuel, cela indique que la vie continue à Abidjan et que les africains peuvent se réunir ici pour faire des réunions. Quand les réunions se tiennent chez vous, votre voix est prépondérante. Vous réussissez quand même premièrement à faire en sorte que tous les acteurs locaux qui sont concernés et qui doivent prendre part à la discussion participent effectivement à la réunion. C’est d’autant plus difficile pour nous de déplacer des experts à Abuja et à Dakar pour faire des réunions. Quand elles se tiennent à Abidjan, nous avons l’avantage que tous les concernés prennent part aux décisions qui sont prises.
BO : Cette explication nous amène au deuxième chapitre, c'est-à-dire le cadre de coopération dans le domaine de l’intégration. Aujourd’hui, quelle sont les structures qui gèrent, contrôlent l’intégration dont il est question ?
AK : Il n’y a pas beaucoup de structures. Si je me situe à l’échelle de la région, il ya des outils très importants qui sont installés en Côte d’Ivoire dans divers domaines. Dans le domaine de la santé, l’année dernière, le Ministre Alla a fait l’inauguration d’un centre régionale en matière de santé. Il y a également l’Académie de la mer dans le domaine de la formation maritime. Vous avez le Campc qui fait de, la Bourse régionale des valeurs, la BAD qui est instrument de développement africain. Vous avez beaucoup de structures implantées en Côte d’Ivoire. Il y a également le Conseil de l’entente dont le secrétariat général est établi en Côte d’Ivoire. Pour ce qui concerne l’Etat ivoirien, dans le cadre de sa politique d’intégration régionale, il y a le Bureau ivoirien pour la promotion de l’intégration et nous poursuivons l’idée de la création d’une agence ivoirienne de coopération régionale ; peut-être que c’est le terme coopération qui dérange, mais l’intégration c’est aussi la coopération. Nous sommes en train de travailler sur le projet de décret. Nous espérons que cette agence va être créée, car elle va au-delà de la coopération entre Etat. Je salue la performance d’un certain nombre de sociétés ivoiriennes, notamment le BNETD qui est bien représenté dans la sous-région et qui se bat, qui s’exporte, en Afrique ; vous avez la SOTRA qui se bat, qui s’exporte, qui exporte son expertise. Je rêve d’une SOTRA qui pourra monter des véhicules légers ici pour la sous-région. Vous avez le Port automne d’Abidjan qui se bat_ le directeur général qui sillonne les pays de l’hinterland pour que le port reste le partenaire privilégié des opérateurs économiques de ces pays-là. D’ailleurs avant moi, le Ministre MEL à qui je rends hommage ; le Ministre d’Etat Bohoun Bouabré alors Ministre de l’Economie et des Finances qui a fait un travail remarquable visant la création de cette agence qui devrait accompagner…Qu’on arrête de dire que la Côte d’Ivoire reçoit et on ne sait pas ce que les autres lui donne. C’est une agence qui devrait accompagner les opérateurs économiques. Ce sont des projets qui sont très avancés. Nous avons préparé le projet de décret qui est prêt et nous espérons le voir passer.
EAS : Lors du récent passage du Président du Burkina Faso en Côte d’Ivoire, il avait été reçu par l’Assemblée Nationale et à cet effet, le président MAMADOU COULIBALY a dit ceci : « La sous-région rêve d’avoir un gouvernement, un budget, une monnaie et un parlement unique ». Il a parlé de rêve et selon vous dans la réalisation de ce rêve, par quoi la sous-région peut commencer ?
AK : C’est de l’intégration parce que les Etats restent les Etats. Nous avons une monnaie commune au sein de l’UEMOA qui est le franc CFA. On n’a pas encore un gouvernement. On a un gouvernement des ministres des finances ; vous connaissez le rôle et le poids des ministres dans l’UEMOA. C’est un rêve qui est même contenu dans le préambule de notre Constitution qui stipule que le peuple ivoirien s’engage à promouvoir l’intégration régionale et l’unité africaine. C’est un rêve que nous poursuivons heureusement avec la plupart des Etats de l’Afrique de l’Ouest.
Je voudrais sans trahir le secret des délibérations des Chefs d’Etat lors de la dernière conférence des Chefs d’Etat de la CEDEAO à Abuja, dire que le débat a été fait. On fait beaucoup d’effort dans le cadre de l’intégration économique, dans le cadre de l’harmonisation des politiques de développement, d’accompagnement de politique de développement, mais les Chefs d’Etat ont estimé qu’il fallait commencer à ouvrir un débat sur l’intégration politique. Le Président de la République de Cote d’Ivoire a dit qu’il est prêt à accueillir ce débat, qu’il se fasse à Abidjan. Je voudrais dire que c’est un rêve qui est à notre porté, pourvu qu’on s’y mette tous, qu’on comprenne tous l’importance de ce débat, qu’on l’enrichisse avec tous ceux qui peuvent contribuer à l’enrichir et qu’on puisse avancer d’un cran. Je ne sais pas qu’elle sera le modèle ; je n’en sais rien, mais le débat mérite d’être ouvert.
EAS : Par quoi faut-il commencer, par le Parlement, le budget ou la monnaie ?
AK : Le parlement existe, il y a quelques des difficultés liées à la représentativité. Ce sont des difficultés qui seront levées par la région quand les circonstances le permettront. En ce qui me concerne, je pense que ce sera une bonne qu’on ait ce parlement. Malheureusement, nous avons fixé le délai de 2010 qui ne sera pas atteint. A cette échéance, il était prévu que les parlementaires de la CEDEAO soient élus au suffrage direct ; on ne pourra pas atteindre ce but à cause des difficultés que je vous ai évoquées. Toutefois c’est une décision politique majeure prise par les Chefs d’Etat qui devrait permettre une facile mise en œuvre des décisions et des protocoles qui sont signés et qui attendent souvent d’être ratifiés par les parlements nationaux. Donc cela peut être un début et c’est quelque chose qui a été décidé et qu’il faut mettre en œuvre quand le contexte s’y prêtera, qu’il y ait des discussions, notamment avec la Côte d’Ivoire, sur les questions de représentativité qui doivent être réglées.
BO : Puisque l’intégration est une politique dans laquelle tous les Etats de la sous-région s’engagent pour un développement harmonieux. L’application des règles est-elle effective ? Le droit d’établissement est-il une réalité ? Le droit de s’interdire d’être une arrière-base de déstabilisation d’un autre pays est-il respecté?
AK : La relecture du protocole traitera de ces questions. Ce que je souhaite, c’est qu’on ait un protocole plus complet, qu’on prenne des dispositions pour que ce protocole tout comme les autres protocoles ou les décisions des Chefs d’Etat soient mis en œuvre. Nous avons fortement milité pour cela à l’occasion de la dernière réunion des Chefs d’Etat. Le Conseil des Ministres a envisagé que des sanctions soient prises et nous avons reçu il y a deux semaines un mémorandum sur les propositions de sanctions qu’on pourrait appliquer aux Etats qui ne respectent pas les engagements qu’ils prennent vis-à-vis de la Communauté. Il y a des progrès et c’est progressivement que ces choses se font. Les choses sont lentes parce que nous avons un espace élargi où tout se fait dans le consensus et le respect de l’autre. Je suis de ceux qui regrette que la Mauritanie soit sortie de la CEDEAO et je ne voudrais pas que d’autres en sortent. Je suis plutôt pour que la CEDEAO s’élargisse et je serai à titre personnel, favorable pour qu’on ouvre la CEDEAO à des pays observateurs ; pour l’instant, membres observateurs. Je fais un clin d’œil au Cameroun, je pense que ça nous permettra au niveau régional de contribuer au règlement d’un certain nombre de différends qui sont en train d’être réglés, mais de régler à l’échelle régionale un certain nombre de différends qui pourraient opposer ce pays, qui est frontalier à la CEDEAO par le Nigéria, un certain nombre de choses, de mieux d’accroître le marché et d’avoir au sein de cette région un autre pays qui ne soit pas un PMA.
BO : La réunion de ce lundi, Monsieur le Ministre, va certainement s’y consacrer, pour que règles d’intégration soient applicables partout ?
AK : Bien entendu, l’objectif de la réunion est de faire une évaluation de 30 ans d’existence du protocole de Dakar, faire des propositions en vue d’améliorer le contenu de ce protocole et de voir quelles sont les mesures qu’il va falloir prendre pour accompagner ce protocole pour qu’il soit mis en œuvre. Cependant je voudrais dire que ce texte a produit ses effets. Il est satisfaisant parce qu’il n’y a aucune décision politique qui soit venue le contrarier.
KA : Monsieur le Ministre, est-ce qu’on peut dire que ce protocole a des retombées satisfaisantes quand on sait qu’il y a un problème épineux qui demeure depuis toujours dans la coopération, le problème de la concurrence déloyale ; le tout n’est pas d’ouvrir ces frontières pour faire l’intégration des Etats ou l’intégration des peuples, mais est-ce qu’au sein des Etats il y a des décisions qui sont prises pour baliser sinon maîtriser ces concurrences déloyales dues souvent à la contrefaçon. Surtout qu’en Côte d’Ivoire, les usines FILTISAC, UNIWAX et autres en souffrent. J’enchaîne aussi pour dire que la Côte d’Ivoire a récemment signé un APE qui est aussi une porte ouverte à ces concurrences déloyales. Est-ce que véritablement Monsieur le Ministre, vous avez mis suffisamment de balises pour gérer cette situation de concurrence déloyale et de contrefaçon ?
BO : Il faut aussi harmoniser les productions des pays membres de la sous-région ouest-africaine, dans la mesure où quand le sucre est fabriqué au Burkina Faso et en Côte d’Ivoire, on ne sait pas où le vendre.
AK : S’agissant de la contrefaçon, de la contrebande et de la concurrence déloyale en Afrique de l’ouest, c’est une des raisons pour lesquelles je me suis battu pour qu’on ait un APE, parce que dans le cadre de l’APE_ en ce qui concerne le programme APE pour le développement et les mesures d’accompagnement _ je considère qu’il y a des décisions salvatrices, et des décisions importantes que nous avons dans la région à prendre et que malheureusement, comme il n’y a pas cet engagement fort au niveau régional, _c’est encore sur le bout des lèvres un peu partout _, pour qu’on ait un climat des affaires assaini, j’ai estimé qu’à l’occasion des négociations sur les APE , la région Afrique de l’Ouest puisse identifier clairement quelles sont les dispositions à prendre pour accroître _ parce que les APE, contenus dans l’accord de Cotonou, c’est favoriser l’intégration régionale qui doit être une réalité. C’est aussi pour cette raison que les APE sont suivis par un certain nombre de pays et par des ministres en charge de l’Intégration. Favoriser les accords d’intégration régionale par le biais des négociations APE était quelque chose qu’il fallait absolument faire et je voudrais dire que c’est parce qu’il y a eu ce débat sur l’APE qu’il y a eu l’accélération du processus de définition du tarif extérieur commun de la CEDEAO. On en parle un peu plus de 20 ans. Le tarif commun de la CEDEAO est en réalité une frontière économique commune à l’ensemble des Etats. Pour que vous organisiez la production dans un espace communautaire, il faut que vous ayez défini économiquement les frontières de cet espace, que vous ayez fixé des règles. La première chose à faire c’était d’avoir des règles en ce qui concerne la frontière communautaire, en tout cas la frontière des 15 Etats.
La seconde chose est de faire en sorte qu’à l’intérieur de cette frontière, vous constituer une seule entité. A ce niveau, il y a beaucoup de textes qui malheureusement sont ou ne sont pas suffisamment appliqués. C’est régulièrement que nous sommes saisis des entraves au nombre desquelles beaucoup de tracasseries qui ne sont pas le fait des plus hautes autorités des Etats. Face à tout cela, il faut à un moment marquer le pas pour faire une évaluation. Dans le cadre donc de cette négociation au niveau régional, à Nouakchott, nous avons proposé qu’il y ait des normes régionales. Il faut que nous puissions certifier les produits de la région comme étant des produits originaires, pour faciliter leur circulation dans la région. Ce sont des réflexions qui sont en cours, mais toujours est-il que nous avons besoin tous d’un peu de discipline. On a parlé d’UNIWAX qui est concurrencée. Je ne crois pas que ce soit par les pays de la région, mais plutôt en dehors du continent africain. Il y a que nous devons respecter les décisions qui sont prises au niveau régional mais que nous devons à l’intérieur de nos états travailler au niveau national pour lutter contre ces contrebandes. Il faut que nous travaillions à faire en sorte que les entreprises dont les produits sont agréés au schéma de libéralisation des échanges de la CEDEAO et de l’UEMOA puissent effectivement circuler librement. Je puis vous assurer sur ce point qu’il y a des efforts qui sont faits, vous pouvez interroger quelques-uns dans le secteur privé. Nous faisons ce que nous pouvons en discutant avec un certain nombre de pays avec lesquels il y a des difficultés. Les entreprises elles mêmes font beaucoup. Elles approchent la Commission de la CEDAO beaucoup plus que la Commission de l’UEMOA pour signaler les cas d’entraves et ces organisations régionales ont toujours pris à bras le corps les problèmes qui leur sont soumis.
KA : Est-ce qu’on peut dire que la prochaine réunion des ministres va se pencher sur ces questions ?
AK : Bien entendu. Il faudra se pencher accessoirement sur cette question parce que la prochaine réunion porte sur la libre circulation des personnes et sur leur libre établissement. Elle ne porte pas sur la circulation des entreprises, des biens et des services. Je pense toutefois qu’elle ouvrira une brèche avec la tenue d’une réunion sur la circulation des biens et des services
BO : On dit généralement que l’intégration est une bonne chose parce qu’elle contribue à harmoniser les développements des pays membres. On dit aussi que la langue constitue un frein au sein de l’union monétaire. Il y a aussi un problème de monnaie au sein de la CEDAO ; elle en aurait plusieurs.
AK : Il faut travailler à plus de convertibilité des monnaies. Il y a beaucoup de communautés qui n’ont pas de monnaie unique qui marchent assez bien. En Europe, il y a quelques pays membres de l’Union Européenne qui ne sont pas dans la zone Euro mais celle-ci marche assez bien que tous les pays membres de l’alliance des pays d’Amérique ne sont pas anglophones. Nous avons quand même réalisé beaucoup de progrès dans la région, bien que nous ayons trois langues et d’ailleurs, c’est une très bonne chose, nous pouvons ainsi apprendre les autres langues ; ce qui n’est pas une mauvaise chose. Ce serait plus intéressant que nous ayons cette monnaie unique dans la région. C’est vrai, le fait qu’il y ait plusieurs monnaies engendre des pertes importantes dans le cadre des échanges que nous pouvons entretenir entre nous. Avoir une monnaie permettra d’éviter plus de pertes, notamment entre les pays qui n’ont pas une banque centrale unique et obligés de faire des compensations avec des entreprises qui pour la plus part ont des échanges avec des clients dans d’autres pays avec des monnaies non convertibles. Evidemment c’est difficile. Nous même le ressentons. Lorsqu’on part en mission pour des réunions dans la région, au Nigéria par exemple, il faut convertir en naira ; et du Nigéria au Cap -vert, il faut convertir en Euro ou en Dollar puis en Franc cap-verdien. Si vous avez la monnaie capverdienne pour revenir à Abidjan, il faut le convertir là-bas en Euro ou en Dollar pour le reconvertir une fois à Abidjan en Franc CFA. Je suis donc d’accord avec vous ce sont des pertes. Toutefois, pendant que le processus est en cours pour qu’il y ait cette monnaie unique qui passera par la création d’une seconde zone monétaire, nous pouvons continuer de travailler sur les différents programmes importants qui existent en matière de libre circulation des personnes.
BO : Au sein de la CEDEAO, les pays ont différent niveau de développement. Certains ont un pouvoir économique significatif par rapport d’autres. Tous ne sont donc logés à la même enseigne, est-ce qu’il n’y a pas de voix prépondérantes dans les discussions?
AK : un Chef d’Etat est un Chef d’Etat, il n’y a pas de voix prépondérante, c’est le respect. Vous respectez un pays, un Etat qui est souverain. Nous ne sommes pas première puissance mondiale mais nous discutons d’égal à égal avec les pays développés. Il faut respecter les Etats et les individus qui font ces Etats.
BO : Nous en arrivons à la troisième étape de notre entretien. Il s’agit des grands projets que vous avez pour l’Intégration à court, moyen, et long termes.
AK : Il y a la vision 2020 qui est la CEDEAO des peuples qui passe par la relecture du protocole, la mise en œuvre du nouveau protocole qui va sortir, l’effectivité de la libre circulation des personnes et leur établissement. La vision 2020 de la CEDEAO des peuples est un grand chantier sur lequel nous travaillons.
Le deuxième chantier important, c’est la mise en œuvre du programme économique régional de la CEDEAO, programme stratégique de développement de la CEDEAO dans les termes beaucoup plus précis. Le programme stratégique de développement de la CEDAO, qui à été adopté en 2007 par les Chefs d’Etat, définit les champs et les horizons sur lesquels la région devra pouvoir obtenir des résultats. Globalement dans ce plan stratégique, il faut retenir que des questions ont été jugées importantes sur lesquelles un certain nombre de programmes sont en train d’être mis en œuvre. Il s’agit de la sécurité alimentaire, pour que nous ayons les moyens de production efficients qui soient à la mesure de nos ambitions de développement ; de l’énergie, pour que nous soyons autosuffisant en énergie, que nous puissions avoir l’énergie nécessaire pour produire davantage, que nous puissions également avoir une politique industrielle commune. Il ne faut pas empêcher les Etats de se doter des mêmes industries, il faut harmoniser, protéger les investissements et les outils de production des Etats, faire en sorte que les produits soient accessibles à l’ensemble des citoyens communautaires, à peu près 300 millions d’habitants, un ½ milliard dans une quinzaine d’années. C’est important, il faut faire en sorte que ces productions puissent leur parvenir. La question des infrastructures, notamment de communication entre les Etats, tous les axes communautaires vont être fait aussi bien au niveau des routes qu’au niveau des rails. Au niveau des rails, nous avons fait un schéma qui a été validé ici à Abidjan en 2007, le réseau ferroviaire de l’Afrique de l’Ouest a été validé. On a demandé à la Commission de trouver les moyens de finaliser les études pour la réalisation de ces infrastructures. Pour leur accélération, il a été décidé de la création d’un programme en charge de l’élaboration des projets de développement, le PPDU, logé à la BIDC qui est chargée de la collecte des fonds nécessaires pour financer la réalisation de ces études. Toujours dans le cadre du programme économique régional, en dehors de l’énergie, il y a l’accroissement des possibilités de production, de la facilitation des échanges par les infrastructures, tout ce qui est relatif à l’harmonisation en matière de recherche scientifique, de l’accroissement des moyens pour la recherche scientifique et un certain nombre de problèmes sociaux auxquels il va falloir apporter la réponse appropriée , notamment en matière de santé, d’éducation. Voilà les différents chantiers que nous avons dans la région. Bien entendu, nous travaillons à élargir le nombre de partenaires économiques au développement, même si la propriété c’est d’accroître les échanges entre les Etats de la région.
EAS : Quand on parle d’intégration, on parle beaucoup de développement, pas beaucoup de la justice. Quelle place occupe la justice dans l’intégration africaine ?
AK : Je suis tout à fait d’accord avec vous. Vous avez la Cour de justice et d’arbitrage de la CEDEAO qui existe et qui fonctionne de mieux en mieux. Elle a son siège à Abuja. Nous avons eu l’honneur de recevoir il y a quelques jours la présidente de la Cour de justice de la CEDEAO avec qui nous avons échangé, notamment en ce qui concerne les sanctions. Je puis dire que les discussions que nous avons eues ont été des discussions fructueuses, parce qu’on a été soutenu à Abuja. Le mémorandum sur les sanctions que nous avons soumis aux Etats sera apprécié, amélioré et certainement ceux-ci arrêteront le principe des sanctions. Nous travaillons en sorte que des mesures soient prises. Mais en dehors de cela, nous avons cette cour de justice qui aujourd’hui, au delà des Etats, est à la disposition des citoyens communautaires. Vous pouvez saisir la cour de justice si vous estimez qu’elle peut vous rendre droit. Des citoyens communautaires l’ont fait. Au Niger cette cour a condamné l’Etat nigérien qui a cautionné un mariage dont ne voulait pas une dame qui rentrait dans son droit. L’état a payé et s’est plié à la décision. Il y a encore d’autre affaires que vous connaissez pour lesquels la cour a été saisie. Cette cour de justice comprend 3 juges indépendants. Ce ne sont pas les Etats qui les ont proposés, ils ont été recrutés sur appel à candidatures. Nous avons la chance d’avoir un de nos compatriotes juge à la cour de justice. C’est un instrument sur lequel nous comptons pour améliorer la gouvernance, pour servir de recours en cas de besoin pour les citoyens et qui a été décidé d’être de plus en plus dans l’optique de la vision 2020 de la CEDEAO des peuples pour contribuer à améliorer les conditions humaines et les droits humains dans l’espace CEDEAO. C’est un instrument qui nous paraît important avec le parlement. Ces institutions complèteront un dispositif de gouvernance nécessaire non seulement pour aider les Etats mais pour aider l’ensemble de la communauté.
EAS : Question pratique. Je suis d’un Etat communautaire, j’ai des préjudices et je veux porter plainte contre un Etat dans lequel je pense que la justice ne sera pas rendue. Est-ce que je veux aller dans un autre pays pour me plaindre ?
AK : La cour de justice seule est habilitée à recevoir la requête que vous formulez. Elle est outillée pour cela. Elle a jugé recevables des requêtes. Elle a rendu des jugements que tous nous avons applaudis. Je reste persuadé que la première chose à faire est d’abord de régler des questions au niveau des Etats. Si vous estimez que le droit n’a pas été dit mais, vous pouvez toujours faire recours à la cour de justice de la CEDEAO. Relativement à votre préoccupation, je ne suis pas spécialiste de droit. Le citoyen, à partir du moment où existe la libre circulation des personnes et des biens et que la cour de justice est une cour communautaire, il devra pouvoir faire recours à la cour de justice pour juger. Dire de la recevabilité de telle ou telle plainte, je ne suis pas qualifié pour dire sous tel ou tel elle sera jugée recevable. Pour une cour de justice qui est à votre disposition, je pense qu’elle peut vous indiquer le meilleur chemin à suivre pour le droit soit dit.
BO : Monsieur le Ministre, pour les Ivoiriens qui nous ont suivis, qu’est-ce qu’on peut retenir de votre passage sur les antennes de Radio Côte d’Ivoire?
AK : Que cette émission que nous avons eue serve à faire comprendre davantage l’intégration, l’importance de l’intégration régionale, pour un pays comme la nôtre. Je voudrais dire que c’est un processus qui est en marche et qui ne s‘arrête pas aux actions qui dont nous avons parlé tout à l’heure, c’est beaucoup plus large que cela. Il y a des progrès qui sont opérés, mais surtout ce que je voudrais dire, c’est que il faut que nous y travaillons avec un plus grand sérieux. Ce qui est en train de se passer au niveau de l’aide au développement qui est un aspect important de notre coopération avec les autres, c’est que de plus en plus toutes les négociations se font dans le cadre régional et c’est avec un petit pincement au cœur que nous n’avons pas réussi à avoir des positions concertées et un porte-parole unique sur des questions d’enjeux internationaux , tels que la dernière assemblée générale des Nations Unies en cours où malheureusement on ne nous a pas beaucoup entendu quand on parlait du changement climatique. Nous sommes ceux qui subissent ce changement climatique en réalité. J’ose espérer en tout cas que nos débats à l’occasion de cette rencontre dans le cadre de vos émissions, ont permis de faire davantage la promotion et dire que nous sommes ouverts, nous sommes à la disposition de tous de nos compatriotes qui se déplacent de plus en plus dans les pays de la région. Nous sommes là également pour porter à la connaissance des Etats les situations embarrassantes, contraires aux dispositions communautaires aussi bien pour la population que les entreprises ivoirienne. Nous veillerons à ce les règles soient respectées partout, pour l’ensemble des citoyens communautaires et particulièrement pour l’ensemble des Ivoiriens.

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