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Samedi 4 septembre 2010 |
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Siège du Bureau de l'Intégration Africaine
Deux Plateaux - 6ème Tranche, 08 BP 1816 Abidjan 08, tél:(225) 22 41 71 46 fax: (225) 22 41 70 65
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18-12-2009
Entraves aux exportations de l’huile de palme de Côte d’Ivoire / Amadou KONE: « Nous travaillons à aplanir ces difficultés »
Une interview réalisée par Fraternité Matin
M. Le ministre, le Sénégal vient de déclarer indésirable, l’huile de palme produite en Côte d’Ivoire. Quels commentaires en faites-vous en tant que ministre ivoirien chargé de la Coopération et de l’Intégration économique régionale?
D’entrée je voudrais indiquer que l’huile de palme de Côte d’Ivoire est d’excellente qualité, elle répond à toutes les normes internationales et conformément à la législation ivoirienne, sur recommandation de l’OMS et de l’UEMOA, elle est enrichie à la vitamine A.
Mieux elle est produite dans le stricte respect des normes liées à la protection de l’environnement ce qui vaut aujourd’hui au producteur de bénéficier d’importants appuis financiers internationaux. Cette huile ne peux donc, pour des raisons de qualité, être indésirable dans aucun pays, encore moins dans l’espace UEMOA.
D’autre part, il y a des règles en matière de circulation des marchandises dans la sous-région ouest africaine, règles que nous nous battons tous à promouvoir dans l’intérêt de nos populations et de nos secteurs de production.
En conséquence, je pense que les mesures qui ont été prises par les autorités sénégalaises visent simplement à protéger les entreprises de ce pays. Je m’insurge, bien sûr, contre cette sorte de protectionnisme dans notre zone de libre échange.
En dépit de votre indignation, la réalité est là, implacable, foulant ainsi au pied les directives de l’Uemoa !
Vous savez, c’est un décret pris en conseil des Ministres qui fixe les nouvelles normes en ce qui concerne l’huile dédiée à la consommation humaine. Je pense que le Chef de l’Etat sénégalais a été abusé par ceux qui lui ont présenté ce projet de décret. Parce que tout le monde le sait, le Président Wade est foncièrement attaché à l’intégration régionale. J’ai eu, moi-même, à l’occasion des débats sur l’intégration économique, notamment sur les questions des Accords de partenariat économique (Ape), le privilège d’être reçu par le Président Abdoulaye Wade, en même temps que toutes les autres délégations qui ont travaillé sur la question, il y a deux ans au Sénégal. Ces échanges m’ont permis de comprendre que ce qui importe pour lui, c’est l’intégration régionale, et donc l’accroissement des échanges commerciaux entre les Etats membres de l’Uemoa. Au regard de cette conviction qui le caractérise, je peux affirmer que les techniciens qui ont présenté ce projet de décret au Président sénégalais n’ont pas pris toutes les précautions nécessaires pour que ledit décret respecte la réglementation en vigueur au sein de l’Uemoa. Les autorités du Sénégal peuvent vouloir définir des normes propres au Sénégal, mais cela doit se faire en tenant compte des règles de l’Union. Nous avons au sein de l’Uemoa, un règlement qui a été pris en 2005, et celui-ci demande aux Etats de s’inscrire dans un schéma d’harmonisation des normes régionales. Ce règlement stipule qu’aucun Etat ne doit édicter des normes nationales sans s’en référer à la Commission de l’Uemoa. Qui, elle-même, prend les observations des autres Etats membres. C’est donc possible d’édicter des normes nationales, mais il faut que la Commission soit saisie en vu de l’examen de la pertinence des arguments et des normes mais aussi des exigences de la construction du marché commun. D’autre part nos dispositions au niveau de l’Union stipulent : « on ne peut pas appliquer des normes sur des produits en provenance d’un Etat de la région, si les normes qui sont appliquées sur ces produits à leur origine sont acceptées dans les autres Etats ».
Or, c’est le cas de l’huile de palme produite par la Côte d’Ivoire !
Or, malheureusement, c’est le cas contraire qui vient de se produire en ce qui concerne l’huile de palme produite en Côte d’Ivoire.
Alors pour faire revenir les autorités sénégalaises sur leur décision, vous avez saisi le ministre d’Etat sénégalais, qui est par ailleurs ministre des Finances. Avez-vous eu une suite favorable ?
Effectivement, pour le compte du gouvernement ivoirien, nous avons saisi les autorités de la République du Sénégal, en l’occurrence le ministre d’Etat, Ministre de l’Economie et des Finances, comme vous l’avez mentionné. Nous avons impliqué dans la saisine, les autres ministres techniques concernés par le décret incriminé pour leur faire des observations sur le décret et les procédures utilisées pour définir les nouvelles normes. Nous avons également écrit pour le compte de notre gouvernement, à la Commission de l’Uemoa, pour demander que l’application de ce décret soit différée, le temps qu’il revienne dans le processus tel que défini par l’Union.
Le Ministre d’Etat vient de réagir à notre courrier et une rencontre entre techniciens va se tenir incessamment entre toutes les parties. Par ailleurs d’autres démarches ont lieu en ce moment et j’ai foi dans l’aboutissement des négociations.
En tout état de cause, ce qu’il est convenu d’appeler « affaire huile de palme » ne va-t-elle freiner un tant soit peu, la dynamique des échanges commerciaux inter-Etats que tout le monde souhaite vivement ?
Dans quel intérêt ? Nous, notre travail, notre mission est justement de construire ce marché commun de l’Uemoa, d’accélérer l’intégration économique dans la région, d’aller au-delà pour que nous arrivions à une union économique, c’est-à-dire avoir des programmes sectoriels communs en matière d’infrastructures, d’agriculture, d’énergie, de transport. Ce n’est donc dans l’intérêt de personne que le processus d’intégration dans l’Uemoa qui reste un modèle, soit freiné parce qu’il y a quelques difficultés. Ces difficultés qui défraient la chronique actuellement et qui se rapportent, aujourd’hui à l’entrave faite à l’exportation de l’huile de palme, sont courantes ; elles ne sont pas nouvelles dans un tel processus. Que ce soit dans l’Uemoa ou la Cedeao, il y a des difficultés, et notre travail de tous les jours est de faire en sorte que soient levés tous les obstacles et toutes les entraves à la libre circulation des personnes et surtout des marchandises comme c’est le cas de l’huile de palme de Côte d’Ivoire. Donc, nous nous battons et travaillons pour que le marché commun soit une réalité.
Cela dit, pouvez-vous revenir sur un certain nombre de directives de l’Uemoa et de la Cedeao relatives aux échanges intra communautaires ?
En matière de libre circulation des personnes et des biens, il faut savoir qu’il y a des règlements qui sont pris en conseil des ministres. Il y a des directives, et même des règlements d’application qui sont pris au niveau de la Commission de l’Uemoa. Dans le cas de la Cedeao, il y a des décisions, des protocoles et des règlements. Il y a donc beaucoup de dispositions de valeurs différentes. Mais le texte essentiel sur les questions que nous évoquons aujourd’hui, pour ce qui est de la Cedeao, c’est le protocole sur la libre circulation des personnes et des biens et le libre établissement signé à Dakar il y’a 30 ans, en 1979. A la suite de ce texte, plusieurs autres textes visant la mise en application de ce protocole ont été élaborés. Ce sont des textes relatifs à toutes les procédures de facilitation de la libre circulation des biens et des personnes. Vous avez des textes sur la fluidité routière, des textes sur les infrastructures, des textes sur des documents de voyage (entre autres, passeport), des textes sur le transport et les charges à l’essieu, etc. Tous ces textes accompagnent le protocole de 1979. Du côté de l’Uemoa, le traité de sa création est clair sur la question. Vous savez, l’Uemoa est une union économique et monétaire. Ce qui se traduit, premièrement, par une union douanière. D’où la création du Tarif extérieur commun (Tec) qui est actuellement en vigueur. Elle se traduit également par un marché commun dépourvu de tout obstacle de quelle que nature que ce soit. Donc ni obstacles tarifaires, ni obstacles techniques ne gêneraient la libre circulation des personnes et des biens.
Vous avez aussi l’Union économique qui prend en compte tous les programmes, notamment le cadre communautaire des investissements pour ce qui concerne les infrastructures, et du transport relativement aux charges à l’essieu. Pour tout dire, des textes de base (protocole au niveau de la Cedeao et traité pour l’Uemoa) et des textes d’application ont été pris sur des aspects précis pour faciliter et accélérer la mise en œuvre des textes de base. Voilà ce qui existe.
L’arsenal des textes existe, mais pourquoi, des Etats membres, contrairement à la Côte d’Ivoire, ont-ils du mal à les appliquer aussi dans l’Uemoa que dans la Cedeao ?
Je vous apprends que la Côte d’Ivoire aussi n’applique pas tous les textes. Il y a certains textes de la Cedeao et de l’Uemoa que notre pays n’a pas encore ratifiés. Donc, dans l’application des textes, nous sommes aussi pris à défaut. Par exemple, au niveau de la libre circulation, la Côte d’Ivoire est, malheureusement, le pays où il y a le plus de racket, où il y a plus de barrages routiers sur l’ensemble du territoire. Donc nous avons aussi beaucoup d’efforts à faire.
Soit. La Côte d’Ivoire malgré tout est le pays qui offre, sans restriction aucune, des opportunités d’établissement de commerce et d’investissement à n’importe quel ressortissant de l’Uemoa et de la Cedeao…
Il ne faut pas confondre le pourcentage des populations ressortissantes de la Cedeao en Côte d’Ivoire avec les investisseurs. Comme vous le savez, il y a la circulation des personnes et des biens.
Mais pourquoi est-il facile pour un Sénégalais, un Malien, un Béninois et autres ressortissant de notre sous-région de faire des affaires ici qu’à un Ivoirien d’en faire autant dans les autres pays de l’Uemoa ?
Il y a le libre établissement des personnes et la libre circulation qui sont deux choses différentes selon que ‘on est dans le cas de l’Uemoa ou de la CEDEAO. Ceci étant, au niveau de l’Uemoa, on a libéralisé un certain nombre d’activités professionnelles. Les architectes peuvent s’installer sur tout l’espace de l’Uemoa. Les architectes, ressortissant d’un Etat de l’Uemoa, également peut exercer librement dans n’importe quel Etat de l’Union. Il en est de même des chirurgiens-dentistes. Donc, il y a des corps de métiers qui n’ont pas de problème d’établissement. Ceci étant, si vous acceptez la libre circulation des gens, il faut leur permettre de subvenir à leurs besoins ! Ce qui n’est toujours pas le cas partout. Je suis d’accord avec vous, mais il ne faut surtout pas que la Côte d’Ivoire se décourage. Parce que tant qu’on aura, pour cette Côte d’Ivoire, une réputation de pays hospitalier, on attirera des investissements privés. Tant qu’on aura cette réputation, les institutions internationales voudront avoir leur siège à Abidjan. Les fonctionnaires de la Bad vous diront combien la Côte d’Ivoire leur manque. En effet, la plupart du personnel de la Bad ne souhaite que le retour de l’institution à son siège à Abidjan. En dehors des statuts de l’institution qui établissent le siège à Abidjan, il y’a donc de l’affection et du bien être. Donc, cette réputation de pays hospitalier à des avantages incomparables.
Avec tout le travail que le gouvernement est en train de faire en matière d’intégration régionale, nous allons parvenir à bâtir un marché commun régional porteur pour la Côte d’Ivoire, et donc à faire en sorte que les investisseurs viennent s’installer massivement dans notre pays. C’est important ! Important pour la Côte d’Ivoire qui, après le Nigeria, dispose du tissu industriel le plus important. Nous avons de facto, le tissu industriel le plus développé de l’Uemoa, donc c’est nous qui exportons. Et pour exporter, nous devons tout mettre en œuvre pour que l’espace communautaire soit une réalité.
Il y a peu, les produits ivoiriens et de la plupart des pays de la Cedeao ne pouvaient pas s’exporter vers Nigeria. Il y avait un banc illégal par rapport aux textes de la CEDEAO. Le gouvernement aux côtés du secteur privé, s’est battu pour que les entreprises puissent entrer dans ce pays. Ce qui a été fait l’année dernière. Quelques mois après, certains opérateurs économiques ont pu exporter vers le Nigeria ! Il peut y avoir des difficultés sur la route qui conduit au marché commun régional, mais nous continuons de travailler à régler une à une ces difficultés aux côtés du secteur privé pour l’aider à émerger. C’est pourquoi, vous nous voyez parfois dans les plantations de banane, d’huile de palme et ainsi de suite.
J’allais justement en parler. Pourquoi vous êtes-vous rendu, à Ehania qui concentre des grandes plantations de palmier, accompagnés surtout de nombreux ambassadeurs et opérateurs économiques ?
Cette visite sur le site d’Ehania vise à rassurer. Rassurer les dirigeants et l’ensemble du personnel mais aussi les 30 000 villageois qui produits dans les plantations villageoises et qui alimentent aux 2/3 les usines, que le gouvernement est à leur côté. Rassurer aussi les pays de la région, importateurs de l’huile de palme de Côte d’Ivoire sur l’origine de cette huile.
Car, ceux qui ne connaissent pas bien la Côte d’Ivoire ne savent souvent pas ce qui y est produit. Ils ignorent tout du secteur agro-industriel ivoirien. Tous ont été réellement impressionnés par ce qui est fait ici. Le Nigeria a envoyé ici, une délégation de ses douanes pour vérifier sur place nos installations, et ils ont repartis émerveillés. Parce qu’ils n’ont jamais cru qu’ici, on avait de telles plantations avec des usines de production telle que Sania (ex-Cosmivoire). Aussi, doutaient-ils de l’origine de l’huile de palme ivoirienne qui était exportée dans leur pays.
Vous me demandiez, pourquoi nous sommes allés visiter Ehania, accompagné d’un Ambassadeur ? En fait, l’Ambassadeur était de la visite pour être lui-même témoin, de l’immensité de nos plantations et des usines à la pointe de la technologie moderne.
Comme SEM. L’Ambassadeur du Nigeria, m’a dit à plusieurs reprises « qu’il est bon de multiplier ces genres de visites ; parce qu’elles permettront de faire connaître la Côte d’Ivoire, et son tissu agro-industriel». Nous sommes allés visiter des plantations de palmiers à huile, et des usines de production d’huile de palme pour démonter toutes les thèses avancées au Sénégal. Malheureusement, ce jour là, le calendrier de l’Ambassadeur sénégalais ne lui a pas permis d’être de la visite. En tout état de cause, nous allons poursuivre ce genre d’actions pour faire découvrir l’industrie ivoirienne et sa capacité à fournir des produits aux standards internationaux à la sous-région. A travers ces visites, les ambassadeurs pourront rassurer leurs Etats.
Je voudrais remercier à nouveau l’ambassadeur du Nigeria, les représentants de l’Uemoa et de la Cedeao qui ont pris une part importante à cette visite.
M. le ministre, ne pensez-vous pas qu’au fond, les velléités protectionnistes sont encouragées par des importateurs, c’est-à-dire ceux qui ne veulent pas qu’un tissu industriel dynamique et compétitif émerge dans l’Uemoa ou la Cedeao ?
C’est vrai, dans l’espace régional ou sous-régional, un certain nombre de pays se sont spécialisés dans l’importation en dehors de la Cedeao et l’Uemoa, et en dehors des règles, à l’effet d’inonder les marchés des pays voisins. Ces pays sont inquiets de l’avancée industrielle d’autres pays des deux espaces, parce que cela constitue une menace pour leurs intérêts.
En tout état de cause, je tiens à rassurer les Ivoiriens que le problème avec le Sénégal va se régler. Je voudrais dire aux entreprises qui exportent dans la sous-région, que le gouvernement, par le biais du ministère de l’Intégration africaine, celui du Commerce et celui de l’industrie se tient à leur disposition pour faire en sorte qu’ils puissent profiter de l’espace régional, du marché régional qui est une réalité, en dépit des difficultés qu’on rencontre et qui se résolvent au fil du temps. Nous émettons le vœu de continuer à travailler à consolider le processus d’intégration.
Le combat que nous avons à mener, c’est de faire en sorte qu’à l’image de l’Europe, plus de 60% des échanges soient intra communautaires. Actuellement nous en sommes à peine à 8% à la Cedeao. Si nous tenons au développement, il nous faut inverser cette tendance. Il faut que le marché de la sous-région soit prioritairement visé, et accessoirement, le marché international. Il importe de savoir que le marché régional est considérable. Les études que nous menons révèlent que les importations en direction de l’ensemble des pays de la Cedeao, de produits pouvant être produits dans cet espace se chiffrent à plus 15 000 milliards de Fcfa chaque année. Donc, c’est un marché de plus de 15 000 milliards de francs Cfa qui existe et qui peut être exploité par nos entreprises. Nous devons nous battre pour que ce marché soit ouvert, un marché dans lequel la Côte d’Ivoire a une part importante à prendre.
Je voudrais profiter de cette interview pour présenter mes vœux de bonne année à toute la presse pour nous avoir accompagné durant cette année 2009.Merci à fraternité matin pour son soutient à toutes les activités de mon département. Que 2010 soit une année de pleins succès pour toutes les rédactions .
Interview réalisée par
GOORE Bi Hué
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